J'ai passé mon test d'autonomie le 19 novembre avec ma copine dans la salle d'escalade du gymnase Paul Meurice. Une jeune femme, référente escalade SAE, nous a demandé de grimper deux fois en tête chacun : une première fois en allant clipper le relais, une deuxième fois en chutant un peu avant la fin de la voie. La référente nous a dit qu'ils considèrent que si l'on sait grimper et assurer en tête, c'est qu'on sait le faire en moulinette également. Nous devions assurer avec un système d'assurage sans assistance, un tube type Reverso ou ATC Guide.
Le club veut s'assurer que l'on sache assurer correctement, en dynamisant au mieux les chutes. C'était un peu spécial de se faire juger de la sorte. J'ai passé tout mon été avec des guides de haute-montagne – pour qui la sécurité est un élément vital – mais il me semble qu'ils ont un pallier de tolérance plus élevé : l'important n'est pas de faire exactement comme ils veulent qu'on le fasse, mais que l'on soit sûr de sa méthode, et qu'elle ne soit pas considérée comme dangereuse.
Au Club Alpin, il me semble que l'objectif est que tous les encadrants et tous les membres utilisent les mêmes méthodes pour simplifier la formation et garantir la sécurité de tout un chacun. Si tout le monde s'encore avec un nœud de huit, tout le monde sait le vérifier. A contrario, si un membre s'encorde avec un nœud de chaise, tout le monde ne sait peut-être pas le vérifier.
L'uniformisation pour éviter de se poser constamment les mêmes questions me semble être une bonne chose, dans le milieu professionnel comme en montagne. Par contre, il ne faut pas que les règles deviennent un prétexte pour éviter de se renseigner soi-même, ou bien que la confiance aveugle dans les règles ne prépare pas le cerveau à s'adapter à une situation qui n'est pas évoquée dans le manuel d'apprentissage. Un guide avec qui j'ai fait quelques sorties à Pralognan cet été m'a dit qu'il avait parfois eu de mauvaises interactions avec des membres du Club Alpin, peut-être trop rigides par moments, selon lui.
La référente, très aimable et qui avait l'air d'avoir une bonne expérience, nous a évalués objectivement et nous a donné des conseils pour que l'on assure plus efficacement. Quand je grimpe en tête, ma copine met régulièrement ses deux mains sous le reverso lors des temps morts. La référente lui a dit que ce n'était pas optimisé, et qu'il valait mieux qu'elle garde une main au-dessus du reverso, prête à donner du mou. Cela pourrait aussi améliorer son équilibre quand je chute. Quant à moi, la référente du club alpin m'a dit que j'utilisais une technique bizarre pour faire descendre ma copine, et qu'il fallait également que je dynamise plus les chutes. Nous mettrons tout cela en pratique lors de nos prochaines séances d'escalade.
À notre grand soulagement, la référente a validé notre autonomie et nous a partagé le groupe WhatsApp du Club Alpin. Elle était accompagné d'un grimpeur qui n'était pas encore référent mais qui semblait être en cours de formation. Nous les remercions tous les deux. Je me doute que ce n'est pas un exercice facile de juger des grimpeurs que l'on ne connait pas, en engageant sa responsabilité si une erreur de débutant venait à être commise après validation de l'autonomie. Je rappelle qu'il s'agit de bénévoles.
Nous sommes allés deux fois au Nautil durant les semaines qui ont précédé ce test. Jusque-là, nous n'avions pas l'habitude de chuter en tête. Ni ma copine ni moi ne sommes jamais tombés lors d'une escalade en tête en salle. Il y a un an, alors que nous commencions l'escalade, nous avions suivi une formation au Nautil pour apprendre à grimper et à assurer en sécurité. Nous avions fait quelques exercices de chute, mais depuis, plus rien. Je suis certain que ces deux séances d'entraînement ainsi que le test d'autonomie seront un grand tournant dans notre pratique. Ne pas chuter, c'est avant tout la caractéristique de grimpeurs qui n'osent pas tenter des voies dures de peur de la chute. Enlever la peur de la chute, ou du moins, apprendre lentement à la contrôler, est la première étape pour grimper plus librement, et plus fort.
Ma copine et moi allons désormais pouvoir grimper lors de séances fixes avec d'autres grimpeurs. Nous sommes très contents et avons hâte de notre première séance. Le club a des créneaux dans cinq salles municipales parisiennes. Le validation du test offre l'accès au "Pass SAE" du Club Alpin, pour le prix de 35 euros par an.