On le sait, l'escalade et a fortiori l'alpinisme sont des sports dangereux. La vie du grimpeur est au bout de sa corde, entre les mains de son partenaire de cordée. Pour certains grimpeurs, la vie est seulement au bout de leurs doigts, mais je n'en suis pas encore là.
La peur est normale en escalade, on le lit partout, et j'avoue avoir eu très peur à mes débuts, et avoir toujours peur. Le tout est de réussir à contrôler la peur naturelle de la chute et du vide et de se raisonner.
La peur de descendre
J'ai fait mes premiers pas en escalade en falaise, lors de mes vacances d'été 2024 à Pralognan-la-Vanoise. J'ai eu énormément de mal à descendre. J'étais paralysé et je n'osais pas descendre. Pour descendre, il faut retirer les mains de la paroi, se reposer dans son baudrier, et tendre les jambes. En somme, il faut se laisser pendre dans le vide et contrôler sa descente avec ses jambes fléchies et ses pieds écartés.
J'ai des amis qui m'ont proposé plusieurs fois de faire de l'escalade avant cette première fois, et je m'étais résigné à l'idée de ne jamais faire d'escalade, ayant le vertige et considérant ma peur en hauteur insurmontable. J'ai eu cet état d'esprit pendant deux ans.
Il m'a fallu quatre séances d'escalade pour réussir à descendre sans peur. Durant deux séances d'escalade de voie en salle avec des enrouleurs automatiques, je ne voulais pas me laisser tomber et je restais accroché aux prises. Autant dire que c'est la meilleure façon de se faire mal en se rattrapant in extremis à une prise quand on essaye de se jeter pour descendre.
Avec beaucoup de fierté, je peux dire aujourd'hui que j'ai vaincu mon vertige. Au bout de quatre mois de pratique, l'escalade a déjà eu des impacts significatifs sur ma vie.
La peur de descendre d'une vire
J'aime à penser que j'ai commencé à grimper dans des voies plus compliquées qu'on le fait habituellement. En effet, j'ai grimpé des voies qui traversaient des vires superposées les unes aux autres. Une fois descendu au niveau de la vire inférieure, j'avais tendance à me remettre debout, et à devoir refaire tout depuis le début pour accepter de me laisser pendre dans le vide.
Je crois toujours avoir un problème avec les vires. Au Nautil, une voie se finit dans une vire qui ressemble plus à une grotte. La prise finale se situe dans la grotte, et pour valider la voie il faut entrer dedans et s'y mettre debout.
La première fois que j'ai fait cette voie, je n'ai pas voulu entrer dans la vire. La seconde fois, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis entré dedans. Une fois debout dans la vire, le relais pendant au bout d'une chaîne légèrement au-dessus de moi, je ne savais pas comment descendre.
Ma copine, qui m'assurait, me disait de me mettre au bord de la vire et de m'asseoir dans mon baudrier. Étant coincé depuis plusieurs minutes, un moniteur d'escalade de la salle m'a crié le même conseil, mais de là-haut je trouvais que c'était plus facile à dire qu'à faire.
Finalement, j'ai cessé de réfléchir et je l'ai fait. J'ai grandement apprécié mon séjour dans cette grotte, mais je ne suis pas sûr d'y retourner prochainement, bien que très accueillante.
La peur de grimper en tête
À ma connaissance, on ne peut grimper qu'une seule longueur de corde dans une salle d'escalade en intérieur. Cela n'empêche pas de grimper la longueur en tête. Pour certaines personnes, une voie n'est vraiment validée qu'une fois grimpée en tête.
J'ai passé un Brevet d'Aptitude à la Pratique de l'escalade (BAP) au Nautil. Il s'agit d'une formation de 3 heures durant laquelle on apprend à assurer et à grimper en moulinette mais aussi en tête. Les encadrants font faire des chutes en moulinette et en tête pour que l'on sache assurer un grimpeur qui tombe, parfois de haut, mais aussi pour savoir bien tomber. Étrangement, je n'ai pas eu peur lors de ces essais de chute.
Jusque-là j'ai préféré m'améliorer en grimpant en moulinette et j'ai délaissé la grimpe en tête. Je pense que ça a été un bon choix qui m'a permis d'améliorer ma technique et de dompter mon appréhension.
Il est de mise de grimper en tête une voie en-dessous de son niveau habituel. C'est surtout vrai en extérieur. Le grimpeur de tête s'expose à une chute bien plus importante car il évolue la plupart du temps avec une assurance relative, posant lui-même ses points d'assurage au fur et à mesure de son avancée. Si le grimpeur chute juste avant de mousquetonner, il va tomber au moins jusqu'à l'avant-dernière dégaine posée. Aujourd'hui, on utilise des cordes d'escalade dynamiques qui s'allongent lors d'une chute pour absorber une partie de l'énergie libérée, ce qui contribue à faire encore plus descendre le grimpeur.
La grimpe en tête est donc moins confortable et plus engageante. Il faut que je la pratique plus souvent, maintenant que je suis plus à l'aise en escalade. C'est un de mes prochains objectifs, ne voulant pas rester deuxième de cordée toute ma vie ! La cotation dans laquelle j'évolue actuellement est le 5b. Je dois m'entraîner à grimper des voies en 5a en tête.